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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 20:26

NOUS FAISIONS SEMBLANT D ETRE QUELQU UN D AUTRE

Shani Boianjiu

Editions Robert Laffont 2014

Il s'agit d'un premier roman de Shani Boianjiu, né en 1987, écrit après ses deux ans d'armée. En Israel le service militaire est obligatoire pour les filles, il dure deux ans avec des affectations dans différents services de l'armée.

Au travers de trois jeunes amies d'enfance, ce service militaire est racontée. C'est un sujet rare de la littérature israélienne, presque tabou.

Léa, Yael et Avishag alternent des témoignages de leurs vies, avant, pendant et après un service militaire traumatisant. Toutes trois sont confrontées à des situations de guerre difficiles, tout autant qu'à des situations d'apprentissage avec les autres recrues, femmes et hommes. Elles sont aspirées dans ce no human's land, elles prennent des coups et n'en sortent pas indemnes. Un portrait sans fard de ce que la guerre engendre, des êtres humains à la recherche d'un sens, pertubés, tatonnants, poussés sans ménagement dans la cruauté sans l'avoir choisie, avec comme obligation majeure celle d'être fortes. Impossible de s'effondrer ou de plier.

L'écriture est très originale, singulière, sans fioritures. C'est un roman dur, sans concessions.

A lire.

Extraits :

"Nous avançons jusqu'à la partie sableuse et caillouteuse du champ de tir. Avant de commencer, je dis à Boris de me donner sa main. Ma paume est plus rugueuse que la sienne. Bien que nous soyons de même taille, ma main semble infiniment plus petite dans la sienne. Je saisi son index droit et j'explique :

'La première phalange de ton doigt s'appelle l'indifférente. Elle n'est pas assez sensible pour presser la détente. La phalange de l'extrémité est la sensible. Elle est trop vulnérable pour rester stable lorsque tu presses la détente.'

Mon souffle se condense dans l'air froid. Une petite goutte tombe de mon nez sur nos deux mains. Je lève les yeux et rencontre le sourire étincelant de Boris.

'La phalange du milieu, dis-je en lui pinçant le doigt, s'appelle le marteau. C'est celle-ci que tu utilises pour presser la détente. Elle est parfaite spour ce travail.

-Je n'aurais jamais imaginé qu'une partie de moi pouvait être parfaite.

Ses yeux sourient, comme ceux de Dan autrefois lorsque j'étais très jeune et que nous étions assis près du banc, en haut de la rue de Jérusalem. Sa main bouge dans la mienne. J'ignore si c'est volontaire ou à cause du froid. J'hésite.

-Et bien, maintenant, tu le sais."

"Les semaines précédant mon ordre d'appel, je les avais passées à traîner dans le sillage de ma mère. Tenant à la main la liste de fournitures exigées par l'armée, elle comparait les prix dans les supermarchés situés à des heures de notre village. Sept paires de chaussettes vert olive. Crème solaire. Dentifrice. Stocks de serviettes hygiéniques pour deux mois. Lotion anti-moustiques. Vingt élastiques solides pour relever la bas du pantalon d'uniforme.

Mon énorme sac à dos, celui que chaque lycée offrait aux élèves en fin de terminale, s'ornait d'une bénédiction imprimée sur la toile :"Allez en paix, chers bacheliers. Nous sommes là pour vous et vous aimerons toujours." Le sac à dos était rempli et fin prêt pour le départ du lendemain.

Nous avions pris le bus, ma mère et moi, jusqu'au point de ramassage d’Haïfa, où un autre bus attendait pour conduire les conscrits du nord jusqu'à Tel-Aviv, à la base centrale de sélection et d'orientation. Là, nous recevions notre fourniment militaire et notre assignation pour les années à venir.

.............

Elle avait fondu en larmes. Elle était nerveuse parce que j'étais son dernier enfant. La plus fragile.

Maman a cessé de pleurer juste avant qu'on m'appelle pour monter dans le bus.

'Tout ira bien. Tout le monde fait son service. Tu vas vivre les meilleures années de ta vie.'

Elle chuchotait en tenant mon visage entre ses mains.

'Je ne m'en fais pas. Je reviendrais bientôt passer des vacances à la maison.'

-Oui, oui.'

Elle ne lâchait pas mon visage.

-J'ai besoin de ma tête, Maman."

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Published by lachevre - dans Mes critiques
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