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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 22:01
De Hanan FRENK, éditions Denoël, 2008

Israël, fin des années 1960. Le pays est en pleine guerre d'usure.
Le jeune Petek, fraîchement arrivé des Pays-Bas, se réveille dans un hôpital après une mission sur la frontière qui a mal tourné. Il ne se souvient de rien si ce n'est du bruit du moteur du half-track dans lequel il patrouillait, de la chaleur accablante du désert, de la morsure du soleil sur son visage. Depuis son lit, il explore le monde alentour : ses bras semblent entiers, sa poitrine indemne, ses jambes... Ses jambes ont disparu. La stupeur l'assaille en même temps que la douleur, qui va s'installer, lancinante, pour des semaines. Petek n'est désormais plus qu'un corps en souffrance, vivant au gré des soins qui lui sont prodigués. Pourtant, jour après jour, la vie reprend ses droits, et le jeune immigrant retrouve le goût de manger, rire, aimer, dans l'espace clos de sa chambre d'hôpital qu'il partage avec d'autres soldats. Yossi, Popeye, Moshe, l'Indien, Reggie, alias le Corbeau, la belle infirmière Shula : tout un monde d'écorchés qui ensemble apprennent à vivre avec le handicap, à se déplacer en chaise roulante, à surmonter les doutes et la dépression. Mais la confrontation au monde extérieur s'annonce cruelle pour les héros de la patrie, dont beaucoup sont de nouveaux immigrants arrivés seuls en Israël après avoir perdu les leurs dans la Shoah.
Inspiré de la propre vie de l'auteur, Petek est le récit bouleversant de la renaissance d'un homme victime de l'histoire et de son cheminement vers la liberté.

Hanan FRENK, l'auteur est psychologue, spécialiste de psychopharmacologie et des mécanismes de dépendance ; Chef du Département de sciences comportementales au Collège universitaire de Tel-Aviv-Yafo, Israël .
Il a publié des ouvrages spécialisés en médecine, notamment sur la dépendance à la nicotine.
Petek est son seul roman, publié en Israël en 1996.

Extraits début du roman

Le Corbeau affirmait que les gens venaient à l'hopital pour toute sorte de raisons. Certains étaient guidés par la simple curiosité, elle les appelait les touristes. Ils ne rendaient visite à aucun patient en particulier et ne parlaient à personne. Ils se bornaient à errer dans les couloirs du service, le regard fixé sur les parois vitrées. De temps à autre, lorsque le spectacle d'un malade éveillait plus particulièrement leur intérêt, ils entraient dans la chambre et s'approchaient du lit afin de pouvoir contempler à loisir le corps sous des angles variés. Totalement silencieux, ils ne répondaient même pas lorsque d'aventure quelqu'un leur adressait la parole.
Dans le service d'orthopédie, les patients avaient remarqué que les touristes étaient plus nombreux certains samedis. Une semaine sur deux apparemment, les visages curieux se pressaient contres les parois vitrées du couloir. Les gens se tenaient là, bouche bée, le visage empreint d'un effroi mêlé de respect, et affichaient si benoîtement leur incapicité à comprendre, que les patients avaient décrété qu'il ne pouvait s'agir que des membres d'un club de supporters de foot. Ils s'amusaient de cette interprétation et en discutaient longuement. Ils en étaient ainsi arrivés à la conclusion que les samedis où aucun visage ne les observait au travers des vitres devaient correspondre à ceux où l'équipe jouait à domicile, ses supporters réunis sur les gradins. Tandis que les samedis où l'équipe jouait à l'extérieur, les fidèles supporters désoeuvrés trouvaient à l'hôpital un divertissement de substitution.
Outre les touristes, d'autres visiteurs, ni amis ni parents de patients, venaient à l'hôpital offrir leur aide. ils donnaient à manger aux malades incapables de s'alimenter seuls ou proposaient régulièrement des films pour occuper ceux qui pouvaient se déplacer. Ils apportaient des cadeaux au moment des fêtes et s'efforçaient d'encourager les patients à supporter la tristesse de se trouver loin de chez eux. Le Corbeau les appelait  "les volontaires" et acceptait leurs services de bon gré.
Ni volontaire ni supporter de football, le Corbeau venait pourtant régulièrement à l'hôpital le samedi. Elle était infirmière et travaillait en orthopédie.
Le Corbeau était petite, un peu moins d'un mètre cinquante. En dépit de sa taille, elle était très énergique et jouissait d'une force physique inattendue. Son nez busqué saillait d'un visage rond et des cheveux châtain clair jaillissaient drus de sous sa toque blanche. Ses yeux, bleu clair avec des taches marrons, donnaient à son visage une expression féroce. mais à la dure lumière fluorescente de l'hôpital, ils devenaient jaunes, accentuant sa ressemblance avec un oiseau de proie. Son vrai nom, évidemment, n'était pas "le Corbeau" mais Reggie. Elle devait son surnom, à sa voix croassante et à un certain nombre de patients irrespectueux.
Le Corbeau n'était pas l'infirmière en chef du service. Il fallait s'être spécialisée pour prétendre à ce poste et elle ne portait pas l'emblématique galon noir sur sa toque.
Mais elle était la plus ancienne des infirmières en orthopédie. Elle avait acquis une incroyable perspicacité tant dans les problèmes humains qu'orthopédiques et était presque trop qualifiée pour ce travail. Elle ne s'estimait pas assez compétente pour être médecin mais ses connaissances lui permettaient de remarquer les erreurs de certains d'entre eux. Sa science , alliée à sa réputation, lui avait valu son autorité au sein du service mais ne l'avait pas rendue populaire auprès des jeunes médecins et de l'infirlière en chef.
Le Corbeau affirmait que les gens venaient à l'hôpital pour des raisons différentes.
Qui aurait osé la contredire ?

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Published by lachevre - dans Livres de P-R
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