Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 21:37

Toujours pour mieux vous faire connaître la littérature etla poésie israélienne, trois autres poèmes d'Israêl Eliraz à découvrir.

 

A table


dit celui qui laisse l'oiseau
se poser sur son visage.

Une lenteur s'accumule dans
une bouche pleine de blanc.


Derrière nous des terrasses capricieuses,
calligraphie presque barbare,


une soif à laquelle on ne peut résister.

On distingue les gens à leur
façon de courir après la pierre.

L'herbe surgit de l'ombre limpide.
Les fourmis inspectent:


s'il y a un mouvement
c'est toujours une naissance.
Tout reste à dire

(traduit par l'auteur)


 

Le jour est passé. Je l’ai vu
passer
sur le mur de la vieille maison,
derrière la fenêtre.
Passé le jour.
Penser et repenser à toi : mais
quoi ?
À ce que j'écris ici sur toi.

Je dois parler de moi à toi.
Le silence est inutile.
Te verrais-je demain ?

Tu es à nouveau avec moi
derrière la fenêtre
remplie de feuilles. A la vue de
mon corps tu commences
doucement à voir ton corps.

Ce qui passe n'est pas seulement
l'hiver.
Le jour passe, meurt dans la
fenêtre, je l'ai vu
passer, passé le jour
traduit de l’hébreu par Esther Orner, Le Nouveau Commerce


 

Du sacré dans les mains aujourd'hui, après des années, nous sommes assis
dans la même goutte d'eau qui attire
l'abeille.

Touche les choses autrement. Une maison, un arbre tout près,
un arbre encore. Derrière le muret, encerclés de rouge
une femme, et une tache ineffaçable ou un pli, un cheval peut-être, là,
près de la vigne, de la fumée verte.

"Et les grappes
sont plus lourdes que la soif"

Encore une heure de lumière
dans laquelle je peux m'asseoir
près de toi, te regarder,
autour, tout autour,
voir comment près de ton épaule
le temps sur ton visage
passe, transforme derrière nous
au bout du sable, l'eau
en un champ qui bouge près d'un
champ

sur un champ et la lumière
se replie jaune, monte plus claire
s'allonge encore un peu
et bientôt disparaîtra
s'éteindra presque

Traduit de l'hébreu par Esther Orner
Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 21:32

A découvrir les poèmes d'Israël Eliraz (voir sa fiche dans la catégorie Auteurs de D-F)

Extrait du poème
 

Ici un Levant différent

1
Qu’est-ce que je fais
avec l’ICI blanc
au bord nord dur de l’Asie,

qui sans arrêt naît et explose
de la craie du mont bouclé ?

Et quelqu’un dit pour la
énième fois :

«C’était ainsi ici
depuis toujours »

et n’explique pas « depuis toujours »

il se lève verrouille et la porte
reste ouverte derrière lui

2

Voici un autre Levant.

Ne pas se baisser, ne pas
traverser, ne pas

fermer l'œil
placé dans la vallée de l'œil

qui porte l'héroïque
matériau, qui se divisa

de lui-même vers toi.

Reste complètement silencieux
comme à mi-vol

et si tu parviens
à travers les petits incidents

ne dis pas plus: j'étais un enfant, il y avait un feu.

"Apprends ta place
du monde vert "


3
Un homme passe et dit
un mot

ou
deux et frappe

sur l’arbre au creux
de l’arbre

qui le poursuit,
s’accroche à ses habits.

L’homme chante et l’enfant chante. L’homme
pleure, qui pleure-t-il ?

C’est ça en somme qu’il y a
et aussi un silence

ruse d’un Levant
rempli d’oreilles comme natte ardente.

C’est le silence galiléen s’élevant
sur les pas de l’homme

qui nous dit quelque chose du
monde, de nous, puis partit
sur une route à laquelle
nous n’avions pas pensé.

 

Traduction de Colette Salem

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 20:19
 Je vous invite à prendre connaissance de la production littéraire israélienne de 2008 ; telle qu'elle est présentée par l'institut pour la traduction de la littérature hébreue.

J'ai annoté cette présentation en indiquant quels auteurs n'avaient encore jamais été traduit de l'hébreu et ceux pour lesquels une prochaine traduction est à paraître en France.



Catégorie Roman

Ronit Matalon      The sound of our steps

Ruth Almog          Stranger in paradise
                                 jamais traduite en français, pourtant traduite en anglais,
                                 allemand, chinois, italien, arabe

Eyal Megged        A couple

Ayelet Shamir      Piano in Winter
                                à paraitre en français aux éditions Christian Bourgeois

Benny Barbash   Little big bang

Hadara Lazar       A local affair
                                 jamais traduite en français

Mira Magen          Time will tell
                                 tous ses livres sont traduits en allemand, un seul en français

Avirama Golan     Vital signs
                                 jamais traduite en français

Mira Kedar           One in a thousand
                                exclusivement en hébreu

Yosef Bar Yosef   Who gives a damn about dream
                                  jamais traduite en français

Nava Semel           Australian wedding
                                 traduite régulièrement en allemand, italien, roumain, tchèque,
                                 jamais traduite en français

Michal Zamir         Property : Sold
                                 jamais traduite en français

Hagai Dagan        The holy land sets sail
                                 exclusivement en hébreu

Miri Varon             A time of love
                                exclusivement en hébreu

Yehudit Hendel  The empty place
                                quelques nouvelles ont été traduites en français mais
                                aucun livre en entier

Esty G.Hayim      Three of them
                                exclusivement en hébreu

Alon Altaras         It's our child
                                traduit en italien

Anat Einhar         Summer predators
                                premier livre non traduit

Asaf Schurr         Motti
                                traduit en allemand

Yaniv Iczkovits   Shooting pictures
                                traduit en italien

Netalie Gvirtz      Snails on the highway
                                premier livre non traduit

Shimon Adaf       Sunburnt faces
                                exclusivement en hébreu

Lilach Nethanel  The hebrew condition
                                premier livre non traduit

Omri Teg'Amlak Avera     Astera
                                               traduction à venir en français aux éditions Actes Sud

Einat Yakir             Artisans' center street
                                 exclusivement en hébreu

Yehoshua Kenaz              Apartment with garden entrance & other stories
                                               traduit assez souvent en français

Judith Katzir          Tel Aviv stories
                                   assez souvent traduite en français

Yoram Kaniuk        Magic on lake Kinneret
                                   plus traduit en français depuis 2005, à venir une traduction
                                  de 'The last jew' aux éditions Fayard

Soshi Breiner         Ariadne
                                   exclusivement en hébreu

Catégorie Suspens

Shulamit lapid         The end of the lemon season
                                    souvent traduite en français mais plus depuis 1999

Yair Lapid                 Sunset en Moscow
                                    ses deux premiers romans ont été traduits en français

Yair Lapid                  My heroes (id)

Catégorie Enfants et jeunesse

Nurit Zarchi               Nurit Zarchi's fantastic book
                                     assez peu traduite en français, c'est pourtant l'un des
                                     écrivains pour enfants les plus prolixes d'israel

Nurit Zarchi               Three pears and a unicorm (id)

Tamar Verta-Zehavi          Juggling in Jérusalem
                                              exclusivement en hébreu




A relever :
 l'initiative des éditions Actes Sud de traduire le premier livre de Omri Teg'Amlak Avera, qui est un très jeune écrivain mais surtout qui est le premier écrivain issu de la communauté ethiopienne d'Israël. Son livre relate avec fantaisie l'arrivée d'un jeune éthiopien en Israël. 

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 19:57
La prochaine biennale du livre de Jérusalem se tiendra du 15 au 20 février 2009
à Jérusalem, Israël

Créée en 1963 le salon du livre de Jérusalem se tient tous les 2 ans . Plus de 1 200 éditeurs originiaires d'une quarantaine de pays y sont réunis. Ce n'est qu'en 1995 que, pour la première fois, le salon accueillit des professionnels venus du monde arabe. Aujourd'hui, les éditeurs et écrivains israéliens et palestiniens s'y retrouvent. Au programme : conférences, interviews, débats.

Le Jerusalem Prize est décerné à chaque biennale. Ce prix est remis à un écrivain qui exprime et promeut les idées de liberté de l'individu dans la société. La biennale (JIBF) est fière d'avoir decerné Le prix Jérusalem à cinq écrivains qui ont également reçu le prix Nobel de littérature.

Liste des lauréats du Prix Jérusalem 

2007 – Leszek Kolakowsky


2005 - Antonio Lobo Antunes

1983- V.S. Naipaul

2003- Arthur Miller

1981- Graham Greene

2001- Susan Sontag

1979 - Sir Isaiah Berlin

1999- Don Delillo

1977 - Octavio Paz

1997- Jorge Semprun

1975 - Simone de Beauvoir

1995- Mario Vargas Llosa

1973 - Eugene Ionesco

1993- Stefan Heym

1971 - Jorge Luis Borges

1991- Zbigniew Herbert

1969 - Ignazio Silone

1989- Ernesto Sabato

1967 - Andre Schwarz-Bart

1987- J.M. Coetzee

1965 - Max Frisch

1985- Milan Kundera

1963 - Bertrand Russell


Le site officiel :

http://www.jerusalembookfair.com/

 

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 19:39
Certains grands écrivains israéliens ont toujours marqués leur opinion politique pour la paix, à la gauche de l'échiquier politique.

Aujourd'hui encore ces mêmes écrivains s'engagent pour leurs idéaux
.

C'est sous l'impulsion de l'écrivain Amos Oz qu'est né un nouveau mouvement extra-parlementaire de gauche qui entend apporter son soutien officiel au Parti Meretz. 

Ce mouvement veut "redonner un souffle nouveau à la gauche et au camp de la Paix". Ce qui est nouveau dans ce mouvement, c'est qu'aux côtés d'intellectuels tels qu'Amos Oz, A.B. Yehoshoua, ou David Grossman, habitués du discours de gauche, l'on voit maintenant apparaître également des noms d'anciens ou actuels membres du part travailliste: Ouzi Baram, Shlomo Ben-Ami, Avrom Burg ou Tsli Reshef.

Pour ces figures emblématiques du Parti, "ce dernier a abandonné les deux axes de sa politique traditionnelle: la poursuite de la paix et la justice sociale". Mais il y aussi dans cette initiative une reconnaissance implicite des enjeux qui se profilent à l'horizon concernant l'avenir des négociations entre Israël et ses voisins, et du glissement à droite d'une population qui veut protester contre les concessions vaines faites aux ennemis d'Israël par des gouvernements dont l'éthique politique est largement remise en question.

Source Arouts7 article du 10.11.08
Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 11:33
 

Les yeux de mon fils aîné sont comme des figues noires
car il est né à la fin de l’été.

Et les yeux de mon plus jeune fils sont limpides
comme des quartiers d’orange, car il est né en leur saison.

Et les yeux de ma petite fille sont ronds
comme les premiers raisins.

Et tous sont doux dans mon souci.

Et les yeux de Dieu parcourent la terre
et mes yeux à moi entourent ma maison.

Dieu est dans les yeux et dans les fruits
et moi dans le commerce du souci.

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 09:56
 


Plus il y a de vagues, plus il y a d’yeux,
plus il y a de supplices, plus il y a de sel,
plus il y a de sommeil, plus il y a de vermine,
plus il y a de tristesse, qui chante dans la nuit, plus il y a
de coquillages, plus il y a de sable, sable, fable.
Ce qui veut dire – continuer à vivre.
Qu’est-ce que notre vie ? Quelques centimètres de
folie et de chair tendre
entre la dureté du squelette dur à l’intérieur
et la dureté de l’air à l’extérieur.


Yehuda Amichaï, Poèmes d’Achziv, Perdu dans la grâce, Poèmes choisis, Gallimard, Collection Du monde entier, 2006, page 74. Traduit de l’hébreu par Emmanuel Moses.

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 20:30
Le dimache 9 novembre , Yoram Kaniuk s'exprimera lors de la célébration des livres juifs de l'American Jewish University, à Los Angeles, Bel Air.
En anglais à 10h
En hébreu à 12h30

Une manière pour Yoram Kaniuk de mieux se faire connaître du public américain.

Rappelons que le film Adam resurected (basé sur le livre de Y. Kaniuk) fait l'objet d'une présentation au festival de l'AFI (American Film Institute)  les 8 et 9 novembre également.
Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 20:08
 Amos OZ Prix Heine 2008



Amos Oz vient d’être récompensé par le Prix Heine 2008, devenant ainsi le premier israélien à obtenir cette importante distinction allemande.

L’écrivain recevra officiellement son prix lors d’une cérémonie prévue le jour de l’anniversaire du célèbre poète Heine, le 13 décembre prochain. Cette cérémonie se déroulera dans la ville de Düsseldorf, ville natale du poète.

Heinrich Heine, né le 13 décembre 1797, sous le nom de Harry Heine, et mort le 17 février 1856 à Paris, fut rappelons-le, l’un des plus importants poètes romantiques et journalistes allemands du XIX ème siècle, l’un des plus traduits de la poésie allemande. Rappelons également qu’Heine est né de parents juifs, sa mère issue d’une famille de banquiers et d’érudits, juifs libéraux, qui avait quitté la Hollande à la fin du XVII  siècle, et son père d’une famille de marchands du nord de l’Allemagne, juifs orthodoxes.


La récompense accordée à Amos Oz sera dotée d'une somme de 50 000 euros et remise par l’ancien président allemand Richard Von Weizsäcker.


Les nouvelles, romans ou essais d’Amos Oz ont eux-mêmes été traduits en plusieurs langues à travers le monde. Son livre, "Mon Michael" a d’ailleurs été consacré par la maison d’édition allemande Bertelsmann comme l’un "des ouvrages majeurs du XX ème siècle".


Amos Oz qui avait été pressenti cette année pour le Prix Nobel de Littérature, se consolera in fine avec le prix Heine

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article
3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 20:14
Je traduis ici le début d'un article de David Grossman paru le 23 octobre 2008 sur le site http://www.nextbook.org, a new read on jewish culture


Les livres qui m'ont lu

Books That Have Read Me

Le travail qui forme l'imagination

par David Grossman


Une scène inoubliable dans le film Roma de Fellini représente la découverte d'anciennes catacombes remplies de peintures murales à couper le souffle. Mais lorsque les peintures sont exposées en l'honneur des chercheurs et équipes de tournage, ils s'estompent et disparaissent rapidement.


Expliquer le processus d'inspiration, pour moi, c'est comme essayer d'expliquer ce qui se produit dans un rêve. Dans les deux cas, nous devons recourir à des mots pour décrire une expérience qui, par nature, résiste à la définition. Dans les deux cas, nous pouvons rationnellement analyser les événements et envisager, par exemple, les thèmes et les personnages qui ont influencé le rêveur et les besoins qui l'ont amené à évoquer ces influences plutôt que d'autres dans son rêve. Mais nous aurons toujours le sentiment que l'essence du rêve, son secret, l'unique lueur de contact entre le rêveur et le rêve, demeure une énigme impénétrable.

Je me souviens de ce que j'ai vécu lorsque j'ai senti que j'étais sous les rayons de vastes pouvoirs d'inspiration littéraire - lorsque j'ai lu 'la Métamorphose' de Kafka, par exemple, ou 'Passé continu' de Yaakov Shabtai, ou 'Joseph et ses frères' de Thomas Mann. Je ne doute pas que certaines parts en moi, peut-être l'intime principal, semblaient être dans le domaine d'un rêve. Il y avait une logique intrinsèque similaire, et un dialogue direct s'est établi avec le contenu de mon âme le plus profond et le plus voilé, presque sans la médiation de la conscience.


Quand je parle, ainsi, de l'un ou l'autre auteur et de la façon dont il ou elle a touché ma vie et influencé mon écriture, je sais que c'est simplement l'histoire que je me raconte aujourd'hui, dans un état d'éveil, sous les feux de la rampe, filtrée à travers le processus naturel de tamisage de la mémoire.


* * *

Quand j'avais huit ans, mon père m'a suggéré de lire Sholem Aleichem 'Les aventures de Mottel, fils du Cantor'. Mon père lui-même avait été enfant dans le Shtetl Galicien de Dynow, à seulement quelques kilomètres de Lemberg, autrement connu sous le nom de Lvov. Comme Mottel, il avait perdu son père jeune et vivait avec ses frères et soeurs et une mère veuve et travailleuse.

Mon père, qui immigra en Palestine en 1936, ne parlait pas beaucoup de son enfance. Ce n'est que rarement que le rideau était tiré pour révéler un monde étrange, enchanteur et intangible, presque comme un théâtre d'ombre. Ensuite, j'ai pu voir mon père comme un petit garçon, assis au Heder (école religieuse) face au dos d'un enseignant habitué à fixer pendant le cours un china cassé, contraignant ensemble les morceaux  avec du fil de fer. J'ai pu voir mon père à quatre ans, revenant du Heder à la maison, dans l'obscurité, éclairant son chemin avec une bougie coincée dans un demi-radis figurant un chandelier. Je pouvais voir le médecin apportant un précieux remède pour mon grand-père étendu sur son lit de mort: une tranche de pastèque mince comme du papier. Et j'ai pu voir mon père regarder par la fenêtre.

Mon père m'a remis 'Les aventures de Mottel, le Fils du Cantor' (dans la traduction hébreu de YD Berkowitz), et j'ai lu le titre du premier chapitre, alors qu'il tenait le livre dans ses mains -"Maintenant les vacances - Pleurer est interdit!" Et puis les mots suivants:" Je parie que personne n'a été si heureux pendant les jours ensoleillés et chauds suivant Pâques, que moi, Mottel, le fils de Peissi le Cantor, et que le veau du voisin , 'Menie' (comme moi, Mottel, l'avait nommé). "

Je ne comprenais pas un mot de ce que je lisais, mais là il y avait quelque chose là. J'ai pris le livre des mains de mon père et grimpé sur la fenêtre, mon lieu préféré de lecture. Au dehors c'était Beit Mazmil, où les habitants tentaient de s'habituer au nouveau nom hébreu du quartier, Kiryat Yovel. C'était un groupe d'immeubles d'habitation, d'où les occupants avaient abouti depuis soixante dix exils et qui parlaient en soixante dix langues. Les habitants des petites cabanes en étain du quartier, que nous avions appelé
asbestonim, regardaient avec envie ceux qui avaient eu la chance d'obtenir un minuscule appartement dans un de ces bâtiments. Il y avait des jeunes couples qui affrontaient la vie avec un optimisme déterminé, et des survivants de l'Holocauste qui marchaient dans les rues comme des ombres et de qui les enfants avaient peur.

«Ensemble, nous nous sommes prélassés dans le premier soleil chaud d'un premier jour doux d'après Pâques ; ensemble, nous avons respiré le parfum du premier appel des brins d'herbe qui jaillissait à travers cette nouvelle terre nue, et ensemble, nous avons glissés des sombres prisons étroites pour saluer le premier matin de printemps ensoleillé. Moi, le fils de Peissi le Cantor, j'émergeais d'une cave humide froide qui sentait toujours l'aigre de la pâte et des médicaments. Et Menie, le veau du voisin, a été libéré d'une odeur pire encore-d'une immonde petite stalle, sombre et boueuse, avec des murs abimés et battus qui laissaient entrer la neige en hiver et la pluie en été. "

"Ça te plaît?" A demandé mon père. "Lis, lis, c'est juste ainsi qu'étaient les choses pour nous". Et peut-être à cause de l'expression sur son visage à ce moment-là, j'ai eu une illumination soudaine: j'ai réalisé que, pour la première fois, il m'invitait là-bas, me donnant les clés du tunnel qui me conduirait de mon enfance à la sienne.


* * *

C'était un tunnel particulier. Une extrémité était à Jérusalem, dans le jeune État d'Israël, qui croyait que sa force dépendait en partie de sa capacité à oublier, afin qu'il puisse concocter ainsi une nouvelle identité pour lui-même. Et l'autre extrémité était sur la terre de Là-Bas.

A partir du moment où j'ai pénétré dans cette terre je ne pouvais plus partir. J'avais huit ans, et en quelques mois j'avais dévoré tous les écrits de Sholem Aleichem qui existaient en hébreu à l'époque -les histoires pour enfants, les livres pour adultes, et les pièces de théâtre. Lorsque j'ai relu ces travaux avant d'écrire cet article, j'ai été surpris de découvrir le peu que j'avais pu comprendre enfant, et comment la force des choses au-delà du texte visible avait travaillé en moi. Car qu'est ce qu'un enfant de huit ou neuf ans pouvait avoir compris de l'amour tourmentée de Rachel pour Stempenyu? Ou des opinions politiques que Sholem Aleichem donne à un juif rebelle et détaché comme Menachem Mendel, ou à son complet opposé, Tevye le berger? Qu'est-ce que je savais sur la vie des étudiants de yéshiva qui mangeaient à la table d'un propriétaire différent, chaque jour de la semaine? Sur l'hostilité entre la classe des "propriétaires" et les travailleurs, ou sur le conflit entre les sionistes et les Bundists?

Je ne savais pas, je ne comprenais pas, mais quelque chose en moi ne m'a pas permis de laisser filer ainsi ces insondables histoires, écrites dans un hébreu que je n'avais jamais rencontré avant. J'ai lu comme quelqu'un qui entre dans un monde complètement étranger mais qui est, dans le même temps, une terre promise. Dans un certain sens, je sentais que je rentrait à la maison. Et tout cela de manière confuse a travaillé sa magie en moi: les mots de l'anneau biblique, les personnages, les coutumes, les modes de vie, et le fait que les numéros de page étaient marqués avec des lettres plutôt qu'avec des chiffres, comme dans 'le Livre des Légendes' de Bialik et de Rawnitzky. Même l'odeur des pages était dense et très différente de l'odeur des autres livres que je lisais-traductions des «Famous Five» et 'Le sept secret', 'Les garçons de la rue Paul' et 'Kajtus l'assistant', les œuvres de Erich Kestner et Jules Verne, et des livres israéliens comme les aventures de Shraga Gafni, 'Frontiersmen d'Israël' de Eliezer Smoli , 'les aventures de l'agent secret nommé Oz Yaoz', livres de Nachum Gutman, et tout ce que je pouvais avoir sous la main.

Entre parenthèses, je dois ajouter que je fais partie d'une génération qui a été habitué à lire des textes dans lesquels elle ne comprenait pas un simple mot. Au début des années 1960, nous lisions des livres en hébreu archaïque et poétique; nous avons lu des traductions des années 1920 et 30 qui n'utilisaient pas du tout notre langage quotidien. L'incompréhension qui nous était imposé était certainement un obstacle à une lecture fluide, mais avec le recul, je pense que cette part de mon expérience de lecture au cours de cette période provient de cette même incompréhension: le mystère et l'exotisme des mots avec une résonance bizarre, et le plaisir de déduire une chose d'une autre. Je note cela parce que la plupart des livres pour enfants aujourd'hui (et des magazines pour enfants plus encore) sont écrits au niveau de l'oeil et de l'écoute du lecteur, si ce n'est plus bas, préférant généralement le plus simple - et parfois le plus simpliste - vocabulaire, favorisant souvent l'argot. Bien sûr, cela a beaucoup d'avantages et peut-être donne un plus large lectorat, mais il me manque encore l'expérience de lecture de ma propre enfance, lorsque au cours de la lecture, l'enfant comble les lacunes linguistiques et sans le vouloir acquière un grand et riche vocabulaire, apprenant à voir la langue comme une entité avec une vie propre.
.....

Repost 0
Published by lachevre - dans ACTUALITES
commenter cet article

Présentation

  • : Ecrivains israéliens
  • : Bienvenue sur le site des écrivains israéliens pour les francophones. Ce site a pour but de faire découvrir la littérature israélienne aux francophones et de faire également découvrir une autre facette de la réalité israélienne, autrement qu'à travers du seul conflit israélo-palestinienne. . Vous y découvrirez les écrivains israéliens, leurs livres et mes critiques. Vous n'y découvrirez rien de politique, de polémique, juste mes commentaires et les votres sur cette littérature. Je vous souha
  • Contact

Recherche

Liens